La FIV avec don de gamètes (et en particulier de don d’ovocytes) réactive des enjeux inconscients très profonds autour de la filiation, du corps et de l’identité, qui nécessitent souvent un véritable travail psychique tout au long du parcours de PMA. Ce n’est pas seulement une réponse technique à l’infertilité, mais une épreuve subjective qui vient toucher aux représentations les plus intimes de la maternité, de la paternité et du lien parent‑enfant. Ce retour d’expérience s’intéresse au couple hétérosexuel ; le couple lesbien ou gay est le siège d’autres élaborations structurées différemment. Nous reviendrons sur ces aspects de pseudo gpa déséquilibrée dans le couple lesbien et de gpa dans le couple homosexuel.
Perte, deuil et narcissisme
Le recours au don de gamètes implique pour l’un des membres du couple (ou parfois les deux) un renoncement à la transmission génétique, vécu comme une perte réelle et symbolique. Ce renoncement peut réveiller un travail de deuil : deuil de “son” enfant imaginaire, de son corps fertile, de la continuité biologique de la lignée, avec des affects de tristesse, de colère, de honte ou de culpabilité (“mon corps est défaillant”, “je ne suis pas un homme/une femme complet(e)”). Sur le plan narcissique, l’infertilité et le recours à un tiers donneur blessent souvent l’image de soi, ce qui peut entraîner des mouvements de retrait, de rivalité ou de dévalorisation au sein du couple.
Filiation et fantasmes d’origine
Sur le plan psychanalytique, la FIV avec tiers donneur reconfigure les repères de la filiation : un parent social (et gestationnel pour la mère receveuse), un parent génétique extérieur au couple, parfois inconnu, et un parent légal. Les fantasmes d’origine, toujours présents chez l’enfant, se trouvent ici renforcés par l’existence réelle d’un donneur ou d’une donneuse, ce qui pose la question de l’accès aux origines, du secret et de la révélation de l’histoire de la conception. Les parents eux-mêmes sont traversés par des fantasmes concurrents : peur de ne pas être le “vrai” parent, crainte de la ressemblance avec le donneur, interrogations sur l’amour pour un enfant “génétiquement autre”, ce qui peut nourrir des positions défensives (idéalisations, clivages, dénégation du rôle du donneur).
Corps maternel, grossesse et don d’ovocytes
Dans le don d’ovocytes, la mère receveuse doit articuler une absence de lien génétique et une expérience très forte d’incorporation par la grossesse : son corps porte, nourrit et met au monde l’enfant, ce qui constitue un support majeur d’appropriation psychique de la maternité. Cette situation peut à la fois apaiser l’angoisse (l’échange intra‑utérin soutient le sentiment d’être “la” mère) et réactiver des conflits : rivalité imaginaire avec la donneuse, peur de n’être “que la porteuse”, questions sur ce qui, dans l’enfant, viendra d’elle ou de l’autre femme. Pour certaines, la grossesse après don d’ovocytes est un temps de remaniements psychiques intenses où se rejouent des enjeux autour de la féminité, de la capacité à engendrer et de la place dans la lignée maternelle.
Le tiers donneur et le couple
L’introduction d’un tiers donneur dans la scène procréative bouleverse la dynamique du couple, sur les plans conscient et inconscient. Le donneur peut être fantasmé comme rival amoureux, parent “plus complet”, figure idéalisée ou au contraire niée, ce qui colore le désir d’enfant et la sexualité du couple (confusions entre sexualité et technique, inquiétudes sur la virilité ou la féminité, déplacements des conflits conjugaux sur la question du don). Pour que ce tiers reste un appui symbolique structurant plutôt qu’une menace, un travail de mise en mots est nécessaire : penser sa place, ses limites, et réinscrire la conception sous le registre du désir du couple, et non de la seule réparation d’un défaut biologique.
Secret, parole et accompagnement
La question de dire ou non le recours au don à l’enfant, à la famille et à l’entourage est au cœur des enjeux psychanalytiques de la FIV avec don. Le secret peut momentanément protéger, mais lorsqu’il se rigidifie, il risque de produire des zones muettes, des non‑dits et une confusion des origines, avec des effets sur la construction identitaire de l’enfant et sur la transmission psychique entre générations. D’où l’importance d’un espace d’accompagnement psychologique ou psychanalytique, proposé tant au couple receveur qu’à la donneuse, pour élaborer les pertes, les fantasmes d’origine, les conflits de loyauté et permettre l’inscription de cet enfant dans une filiation symbolique suffisamment claire et vivante.
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